Sur cette page, vous retrouverez les échos de la grande expérience de Laurent en Océanie, courant 2012. Bonne lecture sous ces autres horizons!

Entraîner et former aux Iles Salomon

Non content d’avoir ouvert la voie aux ambassadeurs de la formation à la française aux USA, l’antité américaine de RUSH Soccer dans le Texas, le Colorado, La Virginie et le New Jersey (plus grand club du monde avec 35 000 membres), je me suis envolé de Denver pour Auckland et les Iles Salomon. Cette arrivée à l’aéroport d’Honiara ressemble à ce que tout entraîneur reçoit comme éloges quand vous arrivez de l’étranger. L’exercice de mes fonctions a été tout autre…

Après 15 minutes passées à serrer des mains de personnes ravis de vous accueillir et les poses photos traditionnelles, j’ai eu droit aux honneurs de la presse locale avec un article le lendemain et des propos que je n’avais jamais tenus en dernière page du journal (un A3 ou votre photo est plus grande que l’article) : Le French Man est arrivé ! Deux journaux existent dans cet archipel, leur première page est réservée aux Ministres, la dernière au football.

Et pour entrer dans le vif du sujet, le Secrétaire Général ordonna au « Coach » de l’équipe Nationale qui « s’entraînait » depuis le mois de Janvier de faire une opposition pour nous montrer leur niveau. Après 40 minutes d’échauffement (et sans ballon of course), le match commença avec deux équipes équilibrées en 442 classique à plat (seul organisation tactique connue ici) sur un terrain d’entraînement qu’aucun professionnel oserait fouler. Ce qui n’est pas commun et que nous avons découvert, Patrick Jacquemet le Dtn Français de l’OFC (ex-joueur de Valence exilé en fin de carrière à Tahiti) et moi, c’est la qualité et la créativité qui émerveillèrent notre après-midi, au point de se pincer mutuellement pour savoir si c’était bien réel !

4 à 3, sept buts, et un football au jeu vers l’avant avec dribbles utiles en zone de finition et des mouvements collectifs en attaques placées à faire pâlir tous grands puristes et tacticiens européens…
Après ce match, j’ai précisé à Patrick, qui lui tentait de régler les incontournables (contrat et logistique), que je voulais bien rester quelque temps ici, car le potentiel est immense.

Un challenge : Il restait un mois aux « Bonitos » (poissons volants) pour se préparer au plus grand évènement de leur existence,  l’équivalent de l’Euro (Nations Cup) qui s’organisait à domicile. L’option choisie fut de partir de la capitale où l’attente était immense comme dans tous les pays de football comme l’Afrique dans ce cas de figure. Seul point commun avec ce continent, après 6 heures de traversée, pour atteindre l’Ile de Malaita, Auki fut notre terre d’accueil pour s’entraîner, se préparer comme des vrais pros.

Température clémente (28°et pluies quotidiennes) par rapport à Guadalcanal et ses 31° annuels, les conditions d’accueil furent à l’image des Océaniens, par contre le motel proposé et les infrastructures, pas d’électricité, pas d’eau pendant trois jours, pas de douches, pas de vestiaires, pas de transport…vous rappelle la pauvreté de ces îles, et la réalité de ce petit pays pas encore en voie de développement. Donc, après les deux entraînements journaliers, se laver dans la rivière avec les joueurs ou dans une bassine à l’eau froide sans lumière, vous pose pas mal de question existentielle : « mais qu’est ce que je fais ici ?!… »

Je pourrais écrire un livre d’anecdotes avec entre autres, l’arrivée du Président de la Fédération avec du café, des équipements neufs pour les joueurs (pas pour le staff) et l’assurance que l’hôtelier allait réparer son groupe électrogène, de peur que je m’en aille, le lendemain d’un debrief avec mon staff local sur mes états d’âmes et les conditions indignes et de traitement d’une équipe nationale.
Certains revivront à travers mes propos leur réalité, mais se laver en amont d’une rivière où 14 sangliers étaient vidés de leurs entrailles donnent le ton de ces aventures footballistiques particulières.

La première victoire (1-0) contre les frères de Papousie-Nouvelle Guinée, entraînée par Frank Farina dont certains strasbourgeois  se souviendront, lança la compétition de la meilleure des façons, mais le lendemain, le nul (0-0) contre les combattants fidjiens au jeu très aérien contraria la population, la presse locale et notre « top scorer » que nous avions laissé au repos. Voir une telle hostilité de la part du staff, des proches de l’équipe sans parler de la star locale qui pleurait dans le vestiaire parce que nous ne l’avions pas utilisé était surréaliste. Après avoir manqué 15 jours de stage en raison de la malaria qui avait touché son épouse, la sagesse était de le protéger et le faire récupérer au plus vite pour le match référence que toute la nation attendait : la Nouvelle Zélande. Benjamin Totori marquera le but égalisateur (1-1), et décida de me remercier en me sautant dans les bras dans sa célébration qui me causa une entorse de la cheville, tant sa fougue l’emporta…

Nous avions gagné le pari, se qualifier pour le dernier tour de qualifications de la Coupe du Monde Brazil 2013 (seuls les demi-finalistes de la Nations Cup étaient qualifiés pour le tour suivant), continuer la route en demi-finales de la Nations Cup, et enfin être le première équipe en Océanie à prendre des points aux ALL WHITE qui battent habituellement ces équipes par plus de 5 buts d’écart. Les joueurs commencèrent à réaliser qu’il était possible d’aller au Brésil pour la Coupe des Confédérations 2013.

Ce qui m’étonnera toujours après la défaite contre Tahiti, c’est la naïveté avec laquelle nous avons été éliminés et l’importance des croyances locales. Ils n’avaient jamais battu Tahiti.
La Nouvelle Calédonie entraînée par Alain Moizan, inspirée de notre exploit historique battue 2 à 0 la Nouvelle Zélande, et encore aujourd’hui, les Solomonais se souviennent plus du nul obtenu contre ces géants à la culture anglophone sans génie (en 3-5-2 quelque soit le scénario du match), de ce coup de poker de laisser sur le banc trois joueurs cadres dont le buteur contre Fidji, et de cette page d’histoire pour tout solomonais, que de perdre la Nations Cup qu’ils organisaient…  Le match de classement fut aussi une histoire rocambolesque croustillante contre les ALL WHITES (4-3) où l’importance des mots, chère à Bruno Bini, pris toute sa dimension quand Sylvain Rastello (venu me rejoindre le premier jour du tournoi depuis le Canada) et moi, tentions de remotiver une équipe menée 3 à 0 à la mi-temps ! 1-3, 2-3, 3-3 à la fin du temps réglementaire, avec des buts d’anthologie dont le TV Globo présente ce jour-là, c’est fait l’écho depuis…
16 000 supporters essentiellement dans la colline qui sert de tribune naturelle et dans les arbres, toits, camions, célébraient cet instant magique que seul le sport peut offrir ! Personne ne vit le dernier but, sur l’engagement avec deux ballons sur le terrain, le hors-jeu… ni l’arbitre assistant et ni l’arbitre central pour qui j’ai craint un temps pour leur vie à la fin du match.

Les Solomonais ont cette passion débordante et venaient de brûler les locaux de la fédération quelques années plus tôt avant la fin d’un match organisé dans ce même stade atypique Lawson Tama, inauguré par Sir Bobby Charlton ! A Honiara, le Coach ne circule jamais sans chauffeur et garde du corps… Il est avec le Premier Ministre l’homme le plus populaire.
Auréolé de cette place parmi les quatre nations qualifiés pour le dernier tour Océanique, le vainqueur rencontrant le 5e de la Concacaf, la qualification n’est malheureusement plus possible à deux matches de la fin, malgré la superbe démonstration sur le premier match gagné 2 à 0 contre le récent vainqueur de la Nations Cup, Tahiti, entraînée par deux autres français, Eddy Etaeta et Ludovic Graugnard. Deux français représenteront la France en juin prochain, et là est bien le principal. Depuis 39 ans cette place est trustée par l’Australie partie dans la zone Asie, et la Nouvelle Zélande.

Bonne chance à eux, car l’Espagne, le Brésil déjà qualifiés et pour ne citer qu’eux, sont des ogres qui ne font pas peur aux combattants de fer tahitiens appelés « Toa Aito ».
Voilà, ce partage ne serait pas complet si je vous disais qu’il est difficile de poursuivre une action de formation sans moyen, quelque soit le pays. Christian Chosson autre technicien français qui travaillait comme moi comme Conseiller Technique au Vanuatu, le sait bien. La Fédération solomonaise est subventionnée par l’OFC, la FIFA, l’UEFA… Mais, ces derniers mois ont démontré que ces dites subventions et recettes de matches n’allaient pas à leur destination finale et plutôt dans les poches de dirigeants malfaisants. La corruption, les abus en tout genre sont légions malheureusement.
La misère, les problèmes d’hygiène de vie sont encore plus importants à mes yeux. Autre point important, aux Iles Salomon seuls des terrains vagues servent de terrains de jeux. Pas de terrains de football (3 seulement dans le pays), pas de buts, pas de coaches, pas de formation de cadres, pas de médecin, pas de kiné, pas de pharmacie ou soins, pas de ballons, pas de chaussures, pas de chaussettes…
J’ai admiré récemment un film de Bennett Miller : Le stratège, qui traite de la philosophie d’un brillant coach de baseball américain qui se posait une question essentielle : comment gagner sans moyens ? La réponse est toujours sur le terrain. Les joueurs sont talentueux et surprenants. Ils méritent un détour et leur envie est plus forte que tout ! La motivation qui entretien une devise que j’ai fait mienne :
«l’impossible recule devant celui qui avance ». Ella Maillart, Alpiniste Suisse.
Laurent Papillon

Solomon Islands Benjamin Totori (R) celebrates with Jack Wetney against New Zealand

 

Vous avez été nombreux a suivre avec moi les exploits des Solomonais à la Nations Cup 2012.

Je pourrais écrire un livre sur cette passionnante expérience. Mon « debrief report » a été riche en problèmes, rencontres, détours, solutions… mais au prix d’une folle énergie dépensée.

Qu’il est bon d’avoir en poche les outils de formateur d’Athlète de la Vie pour booster, récupérer et retrouver l’énergie indispensable à de telles missions!

Comment qualifier ces footballeurs aux qualités exceptionnelles, qui jouent sous les mêmes couleurs qu’une célèbre Nation, richement pourvue en étoiles de tous genres…

Un rêve les anime, un nouvel objectif à atteindre!  Qu’y a-t-il de plus beau que relever un challenge comme celui-ci ? Quand les uns se demandent encore quelle voiture acheter ou quelle couleur de chaussettes mettre pour gagner un match, les athlètes d’ici sont déjà dans le coeur de leurs pensées: comment continuer à avancer pour atteindre un sommet?

Oscar Wilde disait qu’il faut toujours viser la lune, car en cas d’erreur de trajectoire, on se retrouve parmi les étoiles…
J’ai eu un plaisir infini à faire un bout de chemin avec ces étoiles, que bien des clubs vont s’arracher tôt ou tard…

Oui, j’ai eu l’inestimable chance de renforcer leur espoir dans ce nouveau possible, à modifier leurs croyances pour s’en servir au mieux, en s’appuyant tout simplement sur leurs talents et leurs qualités, qui ne cessent de grandir.

Que le football et ses valeurs humaines, mes Amis, peuvent être parfois magiques!

Sportives pensées de Laurent

www.oceaniafootball.com

« Sage est celui qui ne s’afflige pas de ce qui lui manque et se satisfait de ce qu’il possède » Démocrite
« Peu de gens comprennent l’immense avantage qu’il y a à ne jamais hésiter et à tout oser. » Erasme