J’ai eu le plaisir d’échanger avec les formateurs et acteurs de la Fédération de Hockey sur Glace US au centre National Olympique d’entraînement de Colorado Springs aux USA.

Le topic/sujet « HIGH PERFORMANCE », de nombreux grands noms et conférenciers étaient également invités, venus des différents continents.

J’intervenais après un médecin Canadien et le Directeur Technique National de Volleyball (champion Olympique avec les hommes en 1996).

J’ai tout simplement commencé mon intervention par une anecdote vécue, et, sur la définition même du mot Performance.
Les américains ont effectivement ce que beaucoup de pays leur envient, les infrastructures pour produire des athlètes de Haut Niveau de performance, associé à un modèle économique, et un nombre très important d’athlètes.

La raison est simple, leur système d’éducation est basé sur la pratique sportive. « Un corps sain et une tête bien remplie… »
Sur l’importance des infrastructure, le parallèle avec la France est d’ailleurs saisissant, pour avoir un stade ou de nouveaux vestiaires, vous devez gagner une compétition et/ou accéder à une division supérieure pour agrandir vos infrastructures ou avoir un nouveau complexe sportif.

L’école, le collège/lycée, les universités donnent une grande importance à la performance de leurs élèves dans les compétitions sportives dans lesquelles ils sont engagés. C’est même devenu un critère de recrutement, et de réussite sociale, car un très bon sportif peut se voir offrir sa scolarité (35 à 120 000 USD par an). Les résultats sportifs sont d’ailleurs encouragés et servent de moyens de communication et de promotion des grandes écoles.

Quelle est la différence entre, leurs talents et savoir-faire, leur manière de réussir, et leurs croyances, ou leur système de valeurs et celui des Européens ?

En « Soccer », les Américains viennent au Brésil en 2014 pour gagner la Coupe du Monde.

C’est l’objectif de toute équipe Nationale américaine. Leur croyance est alors sans limite. En football féminin, les filles font partie des meilleures joueuses au monde, quadruples championnes Olympiques en titre (tournoi à 12 équipes seulement), elles sont triple Championnes du Monde (3 médailles d’or, + 1 fois médaillées d’argent +3 fois médaillées de bronze sur 7 éditions…), ces féminines sont extraordinaires dans l’approche d’une compétition.

Elles n’imaginent même pas perdre un seul match. Leur envie, et leur détermination sont impressionnantes.
L’opposition avec le Soccer masculin est saisissant. Les filles dominent la « football planète », elles sont 1ères au ranking FIFA. C’est cependant loin d’être le cas pour les hommes, seulement 28 èmes…

Pourtant ils ont cette même ambition. Leur patriotisme est également sans égal, et leurs limites sans cesse repoussées, voire dépassées, y compris jusqu’à la tentation du dopage.

Cette nation sportive, qui comptait 121 médailles aux JO de Rio 2016 dont 46 en or (37 argent, 38 bronze) et 37 médailles aux JO d’hiver à Vancouver 2010 (3è), se pose-t-elle les bonnes questions ?soccer art

Dans tous résultats, il y a des enseignements à tirer pour la compétition suivante ou les générations qui prendront le relais. Une défaite est vécue comme une humiliation voire une injustice… « Nous étions meilleurs ! »

Une défaite est un résultat non satisfaisant. A nous de tirer profit de chaque victoire comme chaque défaite. C’est se préparer au Coaching Gagnant.

Recruté par le Manager de Hockey Sur Glace de Morzine Avoriaz en Ligue Magnus française, j’ai pu partager à deux reprises l’exemple de coaching qui interpelle.

Devant un parterre de spécialiste de Hockey, j’ai pu raconter comment un club issu de la division inférieure avait pu faire trembler les plus grands clubs de l’hexagone dès sa première saison en division suprême. Champion de la saison régulière, l’équipe perdit les play-off sur le match 4, la coupe qui leur tendait les bras…

L’anecdote réside dans le fait que Morzine Avoriaz devait l’emporter sur le match 4 pour espérer jouer une ultime 5ème manche à domicile, et qu’au bout de 15 minutes, Grenoble menait 4 à 0. La désillusion était grande, les supporters un brin « chambreurs » chantaient déjà qu’ils avaient la Coupe, mais un but dans les dernières secondes de la premier quart temps a été le début d’une histoire que seul le sport vous offre parfois et que je me plais toujours à raconter avec émotions.

Le Manager Général, le coach et le staff laissèrent les joueurs rentrer seuls aux vestiaires. Explications, révoltes, sursaut d’orgueil ou tout simplement un changement de croyances… Une autre équipe revint sur la glace, les Morzinois réduisirent le score, à chaque attaque.

Le public n’en revenait pas, les 2000 supporters Morzinois n’y croyaient pas, et j’ai pensé « la roue tourne dans l’autre sens, ils vont le faire… » 5-4 à 10 secondes de la fin, possession morzinoise, deux opportunités non converties, offrirent la victoire à l’ogre Grenoblois qui pourtant vacillait et tremblera jusqu’au dernier tir.

Trois joueurs se jetèrent au sol pour contrer…
Le coach Grenoblois perdait pied, ne trouvant pas d’arguments, de solutions pour endiguer cette hémorragie, cet ordre établi inversé. Il gesticulait, il hurlait.

Pas de temps additionnel comme au football, malheureusement ! Match perdu. Pas de 5ème match, le trophée alla à Grenoble…

Les 2 000 supporters qui avaient crié, sauté de joie, vibré jusqu’à la dernière seconde du match, eurent du mal à quitter la patinoire. Ils allèrent à l’arrière de celle-ci où se trouvait le bus qui devait ramener leurs héros, et formèrent une longue, très longue, haie d’honneur pour continuer à célébrer cet instant…
J’etais comme tout le staff frustré, déçu. Mais cet autre instant d’émotions qui se déroulait devant moi, me redonna des frissons, goût à la vie.

Les premiers joueurs arrivèrent, et cette communion était magnifique à voir. Ils avaient perdu, certes, mais pour les supporters, fiers de leur équipe, et de leur saison, ils avaient gagné, ils avaient remporté l’estime de toute la patinoire. Leur tour d’honneur a même été l’occasion d’une ovation unanyme, applaudi par tous les spectateurs des deux camps qui clamaient le nom de Morzine. Incroyable !

Et, au bout de 20 mn, deux joueurs de Grenoble sortirent la Coupe à la main, pour partager leur victoire avec leurs supporters, en chantant. Aucun supporter grenoblois n’était là. Pendant quelques secondes, ils se sentirent gênés. Ils virent le triomphe que les morzinois réservaient à leurs joueurs, aux véritables héros du soir, et rentrèrent penauds, avec la coupe, bredouilles de félicitations. Autre instant hallucinant…

Qui étaient vraiment les gagnants de cette Ligue Magnus 2006 ?
Le Goliath avec son armada de 25 joueurs professionnels, ou le petit David et ses amateurs ? Le film « 300 » de Mark Snyder fut une révélation pour moi quelques années plus tard.

Quel Coach avait été le plus performant ?

Ce symposium a été intéressant à plusieurs titres. Il m’a permis de mieux comprendre les attentes d’une fédération importante cherchant à trouver des solutions, des coaches nationaux pour leurs étoiles du Hockey, futurs pensionnaires de la NHL, mais aussi de voir le regard qu’ils portent sur les autres nations adverses, et leur envie de rendre leurs entraîneurs encore plus performants.

Mais quel est l’entraîneur performant ?
« Celui qui gagne le plus de matches » est la réponse qui vient dans toutes les bouches, spontanément.
Mais peut-on dire la même chose quand il s’agit de préparer de jeunes athlètes ?

Quel est le Coach le plus performant ?
Celui qui permet à 20% de ces joueurs de signer un contrat professionnel ? Ou celui qui gagne tous les matches par plus de 8 buts d’écarts à chaque rencontre, et qui ne fait jouer que ses meilleurs éléments, mais dont aucun ne jouera comme professionnel ?

Le Coach performant est une personne qui d’abord prend soin de lui, et respecte ces athlètes comme ses besoins vitaux. Voilà une des clés de la réussite !

Pour pouvoir exiger des autres, il a pris conscience que, fatigué, il communique moins bien, il est plus agressif, il peut être arrogant, il n’est plus intègre, et sûrement plus un modèle d’exemplarité. Enfin, il perd cette lucidité utile à la prise de décision.

Conflit d’intérêts avec un système de valeurs, déséquilibre entre les piliers professionnels, familiaux, sociaux et personnels, il n’est plus performant.

Qu’il soit confirmé, expert ou même dans un processus de formation, l’entraîneur qui maîtrise sa communication, qui contrôle ses émotions, respecte les phases de la performance, et comprend l’importance de la récupération, est un stratège avec un plan de jeu, un homme de terrain qui attend l’adversité comme un défi à relever, qui trouve des solutions aux problèmes, et sais reconnaître les opportunités.

Notre rôle, que nous soyons manager, coach ou chef d’entreprise, est de permettre à nos joueurs, à nos équipes de saisir ces opportunités et de les convertir en résultats.

Rien n’arrive par hasard…

Je n’aurais jamais imaginé parler devant des centaines d’illustres coaches américains un jour, dans l’un des plus beaux centres olympique du Monde, usine à champions impressionnante, dans une autre planète sportive.

Merci, Nik, pour ta proposition d’inviter un français issu d’un autre sport, merci, Ken, pour l’invitation parmi ces illustres intervenants, merci, Jodie, d’avoir rendu ce voyage possible.
Depuis cette mission américaine, d’autres ont suivi. Je pars prochainement en Asie rejoindre une autre aventure sportive avec une équipe Nationale.

Des athlètes, des chefs d’entreprise, des managers que nous avons accompagnés, nous font part de leur réussite.
Notre plus grande réussite, c’est la vôtre. Merci pour votre confiance et vos moments de partage.

Laurent Papillon

« Quoi que tu sois capable d’entreprendre ou que tu rêves de faire, commence-le. L’audace a son propre génie, son pouvoir et sa magie »
JWV Goethe

Laurent Papillon
Manager Intemo Sports

Notre plus grande réussite : c’est la vôtre !